L'ouverture
d'une salle de cinéma au village, puis l'arrivée
de la télévision dans un café du quartier,
m'ont par la suite permis de voir bien d'autres films et d'élargir
le champ de mes découvertes. C'est ainsi que mon éducation
cinématographique s'est enrichi et que s'est forgé
l'être que je suis.
J'ai
acheté une camera Super 8 avec mes premiers salaires.
J'ai alors commencé à écrire et à
réaliser de petits films sans début ni fin dans
le but de visionner mes propres images à l'écran.
Pour
mon père, l'essentiel était que je sache écrire,
lire et surtout compter, pour que j'ai le droit de retourner avec
lui voir des films. Etudiant à l'université d'Alger,
j'ai fréquenté la Cinémathèque et
bien d'autres salles obscures où étaient projetés
toutes sortes de films. Mon goût pour le cinéma est
devenu esprit critique. J'ai commencé à comprendre
que la naissance de l'art cinématographique se rattachait
à des sources théâtrales et que le cinéma
était un art qui engendrait tous les autres.
Les
années passent. Je suis devenu un spectateur attentif et
éclairé. Mon engagement pour le cinéma est
devenu entier. J'ai mis un terme à mes études après
trois années universitaires. Je croyais sincèrement
- et je le crois toujours - que le cinéma était
l'image vivante de notre temps ainsi qu'une une véritable
expression artistique. C'est pour cette raison que je me suis
dit : " Voilà un univers dans lequel je peux vivre
en harmonie avec mes idées et me battre pour mon opinion
".
Ce
nouveau mode d'expression dérangeait les systèmes
politiques, car il véhiculait des idées, il dénonçait
les injustices et la corruption et brisait les tabous
Certains
copains de fac me disaient : " Toi, tu as toujours quelque
chose à dire ". Ils ont réussi dans les affaires,
la politique ou l'armée ! Est-ce que moi, j'ai réussi
dans le cinéma ?
L'expression
artistique et la liberté de création ne sont hélas
pas des repères de réussite dans un pays comme l'Algérie,
où les jeunes sont à la recherche d'un souffle nouveau
Sans
aucune idéologie communiste et ni aucune tendance extrémiste
ou fanatique, j'ai passé le cap de ma première vingtaine
d'années en aimant le cinéma.
Le
cinéma est par essence l'art du mouvement. Cette notion
va bouleverser ma vie et mes choix : changement de quartier, de
ville et de pays, tout en restant attaché à ces
repères-là.
A
Paris, j'ai appris que le cinéma était un monde
où certaines règles obéissaient à
des données sociales. C'est un business à gérer,
un circuit de copains à entretenir. J'ai bien saisi la
leçon : un cinéaste comme moi aura toujours du mal
à faire des films en France ou en Algérie
Il continuera à regarder à travers une caméra
pour rêver et faire tourner sa tête
Djamel
Azizi
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