Youks, c'est mon village natal.

Dès l'âge de 7 ans, je partais avec mon père pour assister à des projections de films sur la guerre d'Algérie. C'était l'époque de l'écran géant. Après chaque film, avec les copains, on essayait de comprendre ce phénomène, ce fameux mystère "CINEMA"... La nuit, armés de patience, et surtout animés par la curiosité, on faisait craquer des allumettes dans une boîte vide, derrière laquelle on faisait se déplacer des jouets. On s'amusait alors à regarder les mouvements des ombres sur le papier que l'on avait placé en face de la boîte.

L'ouverture d'une salle de cinéma au village, puis l'arrivée de la télévision dans un café du quartier, m'ont par la suite permis de voir bien d'autres films et d'élargir le champ de mes découvertes. C'est ainsi que mon éducation cinématographique s'est enrichi et que s'est forgé l'être que je suis.

J'ai acheté une camera Super 8 avec mes premiers salaires. J'ai alors commencé à écrire et à réaliser de petits films sans début ni fin dans le but de visionner mes propres images à l'écran.

Pour mon père, l'essentiel était que je sache écrire, lire et surtout compter, pour que j'ai le droit de retourner avec lui voir des films. Etudiant à l'université d'Alger, j'ai fréquenté la Cinémathèque et bien d'autres salles obscures où étaient projetés toutes sortes de films. Mon goût pour le cinéma est devenu esprit critique. J'ai commencé à comprendre que la naissance de l'art cinématographique se rattachait à des sources théâtrales et que le cinéma était un art qui engendrait tous les autres.

Les années passent. Je suis devenu un spectateur attentif et éclairé. Mon engagement pour le cinéma est devenu entier. J'ai mis un terme à mes études après trois années universitaires. Je croyais sincèrement - et je le crois toujours - que le cinéma était l'image vivante de notre temps ainsi qu'une une véritable expression artistique. C'est pour cette raison que je me suis dit : " Voilà un univers dans lequel je peux vivre en harmonie avec mes idées et me battre pour mon opinion ".

Ce nouveau mode d'expression dérangeait les systèmes politiques, car il véhiculait des idées, il dénonçait les injustices et la corruption et brisait les tabous…

Certains copains de fac me disaient : " Toi, tu as toujours quelque chose à dire ". Ils ont réussi dans les affaires, la politique ou l'armée ! Est-ce que moi, j'ai réussi dans le cinéma ?

L'expression artistique et la liberté de création ne sont hélas pas des repères de réussite dans un pays comme l'Algérie, où les jeunes sont à la recherche d'un souffle nouveau…

Sans aucune idéologie communiste et ni aucune tendance extrémiste ou fanatique, j'ai passé le cap de ma première vingtaine d'années en aimant le cinéma.

Le cinéma est par essence l'art du mouvement. Cette notion va bouleverser ma vie et mes choix : changement de quartier, de ville et de pays, tout en restant attaché à ces repères-là.

A Paris, j'ai appris que le cinéma était un monde où certaines règles obéissaient à des données sociales. C'est un business à gérer, un circuit de copains à entretenir. J'ai bien saisi la leçon : un cinéaste comme moi aura toujours du mal à faire des films en France ou en Algérie… Il continuera à regarder à travers une caméra pour rêver et faire tourner sa tête…

Djamel Azizi